Deux visions
Le son peut être vu et analysé de deux façons différentes : on peut regarder la variation de son amplitude en fonction du temps ou alors on peut voir le spectre fréquentiel du signal sonore.
Variation de l'amplitude en fonction du temps
Comme pour tous les phénomènes perçus, le temps joue un rôle fondamental pour l’acoustique (et encore plus en musique). En effet, le mode de variation de l’amplitude dans le temps permet de distinguer plusieurs types de signaux sonores, à savoir les signaux aléatoires, les signaux dits impulsionnels et les signaux périodiques qu’ils soient sinusoïdaux ou non.
- Signaux aléatoires
Les signaux dits aléatoires sont les bruits dont la variation dans le temps est indéterminée, ils peuvent être coupés par des silences et reprendre de manière aléatoire (comme son nom l’indique). Ils sont l’essentiel des bruits que l’on entend dans la vie de tous les jours.
- Signaux impulsionnels
- Définition
La norme NF (S31-010, décembre 1996) définit un son impulsionnel comme un « signal acoustique consistant en une ou plusieurs impulsions d’énergie acoustique, ayant chacune une durée inférieure à environ une seconde et séparée(s) par des intervalles de temps de durée supérieure à 0,2 secondes.»
Cependant on note une différence entre les sons impulsionnels dits « naturels » et de synthèse.
Quelques exemples
- De bruits impulsionnels naturels :
Hululement d'un hibou
Crépitement de la pluie
- De sons impulsionnels synthétiques :
Une montre
Métronome électronique
- Signaux périodiques
- Définition
Un signal est dit périodique si les variations de son amplitude se reproduisent régulièrement au bout d'une période T constante comme sur la figure. Les instruments à cordes et à vent produisent ce type de signal sonore (les instruments à percussions produisant des signaux impulsionnels).
Exemples de signaux périodiques
- signal sinusoïdal du courant électrique du secteur
- signal triangulaire ou dent de scie du balayage horizontal dans un téléviseur
- signal complexe produit par un violoniste jouant une note stable
- Remarque
Un son périodique sinusoïdal est appelé son pur.
Analyse spectrale du son
Mais le son peut être vu d'une manière bien différente. En effet, on peut regarder les fréquences des différents sons sinusoïdaux qui composent le signal de base.
Cela supposerait donc que chaque signal acoustiques serait composé d'un superposition de signaux sonores sinusoïdaux.
Cette vérité n'est pas uniquement valable dans le cas particulier du son mais également pour tous les types d'ondes.
On peut prendre le cas simple de la corde vibrante pour expliquer le phénomène.
On peut prendre le cas simple de la corde vibrante pour expliquer le phénomène.
- Modes fondamental et harmoniques
- Un exemple : L'expérience de Melde
On considère une corde très fine tendue entre deux points fixes. On suppose que la corde n'est le siège que de vibrations transversales grâce à un système vibratoire : les points de la corde se déplacent dans une direction perpendiculaire à celle de la corde immobile. Toute vibration de la corde pour laquelle chaque point vibre (la position du point en fonction du temps est une sinusoïde) à la même fréquence est un mode propre de vibration. La fréquence correspondante est une fréquence propre.
La corde est immobilisée à ses deux extrémités. Ces conditions ne permettent pas toutes les fréquences possibles. Elles imposent des modes propres formant une suite arithmétique.
Le mode propre dont la fréquence est la plus basse (n = 1) est appelé mode fondamental : sa fréquence propre est notée f1.
Les autres modes propres sont appelés modes harmoniques. Ils sont caractérisés par un nombre entier n. La fréquence fn de l'harmonique n est égale à n fois la fréquence fondamentale : fn = n·f1.
Les fréquences propres sont quantifiées.
Excitons sinusoïdalement la corde par une force appliquée sur un petit élément de longueur. Pour qu'elle se mette à vibrer, il est nécessaire que la fréquence d'excitation soit égale à une de ses fréquences propres. A cette fréquence, les points de la corde vibrent sinusoïdalement avec une amplitude qui dépend de leur position. Lorsqu'ils sont situés à un ventre de vibration, l'amplitude est maximale et à un nœud de vibration, l'amplitude est nulle.
Lorsque la corde vibre selon un de ses modes propres, on remarque la présence de fuseaux de longueurs égales. L'extrémité d'un fuseau est un nœud de vibration ; le milieu d'un fuseau est un ventre de vibration. Pour l'harmonique n, la longueur d'un fuseau est égale à L/n où L est la longueur de la corde.
Lorsqu'une corde de piano n'est plus excitée par une force sinusoïdale mais frappée, ses oscillations libres produisent un son composé de sons sinusoïdaux dont les fréquences sont celles des modes propres de la corde. La fréquence du son produit est égal à celle du mode fondamental.
Les vibrations libres de la corde sont donc une superposition des modes de vibrations propres de la corde.
On en arrive ainsi à la définition d'un harmonique :
Deux sons sont dits harmoniques (... et notre oreille les reconnaît en harmonie) lorsqu'ils vibrent avec des fréquences multiples l'une de l'autre. C'est-à-dire que l'un est un harmonique de l'autre qui est un fondamental ou qu'ils ont la même fréquence au quel cas on les dit à l'unisson.
Mise en évidence de l'existence de nœuds (et donc de fuseaux) par l'expérience de la farine
Sons harmoniques les uns par rapport aux autres
Lorsqu'un son B a une fréquence double d'un son A, on dit que B est à l'octave de A.
Dans le schéma ci-contre, l'onde jaune est la représentation du son produit par une note quelconque, disons un La2.
L'onde B en rouge a une fréquence double de la jaune A (deux ondes rouges pour une jaune). Elle représente le La3, une octave au-dessus du La2. C'est un harmonique du son A.
L'onde C en bleu a une fréquence encore double de la rouge. Elle représente le La4, à l'octave du La3.
Un son n'est jamais pur. Il s'accompagne toujours d'autres sons qui n'ont pas la même fréquence que lui. Cependant une harmonie peut exister entre deux sons, même s'ils ne sont pas à l'octave l'un de l'autre. Il suffit pour cela que leurs ondes se croisent à certains moments et à intervalles réguliers.
Les flèches indiquent deux points de croisement sur l'axe de propagation (Ce sont des nœuds). Cette rencontre se reproduit périodiquement. Le son en bleu et le son en rouge sont des harmoniques.
Dissonance
On appelle dissonance (contraire de la consonance) la rencontre de sons qui ne s’accordent pas et qui provoquent un effet désagréable dû à leur succession ou à leur simultanéité. Les sons ainsi entendus donnent une impression plus ou moins prononcée d’incohérence harmonique.
- Le spectre fréquentiel d'un signal sonore
Les premiers travaux de Joseph Fourier sur la décomposition d'une fonction périodique de forme quelconque en une somme de fonctions sinusoïdales simples avaient laissé penser que la différence entre deux sons de mêmes fréquences et amplitudes devait se trouver dans l'analyse harmonique du son.
Une série de Fourier est une série de fonctions sinusoïdales de fréquences multiples à une fréquence f, la fréquence fondamentale ou fréquence du fondamental, dont la somme permet de construire une fonction périodique déterminée de fréquence f. Chaque terme (fonction sinusoïdale) de la série est un harmonique de cette fonction périodique. La fonction sinusoïdale de fréquence fn est appelée harmonique de rang n. Toute fonction périodique peut se mettre sous la forme d'une série de Fourier. L'idée de décomposition en série trigonométrique est apparue à Joseph Fourier pour résoudre l'équation de la chaleur (mais ça, c'est une autre histoire !).
- Définitions
- Série de Fourier
Une fonction périodique réelle f de période T, continue et dérivable par intervalles peut se décomposer en une somme pondérée de fonctions sinusoïdales simples
où les coefficients ai et bi (dits coefficients de Fourier) sont des constantes réelles. Cette décomposition est aussi appelée « analyse harmonique ».
Pour un entier n donné, la fonction:
![]()
est appelée « harmonique d'ordre n ».
- Transformée de Fourier
Pour une fonction non périodique, il existe une généralisation de la série de Fourier nommée transformée de Fourier. La transformée de Fourier
est une opération qui transforme une fonction intégrable en une autre fonction intégrable. Si ƒ(x) est une fonction intégrable, sa transformée de Fourier est notée F(s)
est aussi parfois notée
ou TF(ƒ) (Transformée de Fourier de la fonction f). En physique, la transformation de Fourier permet de déterminer le spectre d'un signal.
- Intérêt de la transformée de Fourier
La TF permet la recherche de composantes périodiques dans un signal. Les signaux ci-contre sont équivalents. L'un correspond à une série temporelle, l'autre à son spectre de Fourier.
La série temporelle (extrait donné en bleu) ne montre rien de définissable. Son spectre de Fourier dévoile en revanche les fréquences propres qui constituent le signal, en les distinguant clairement du bruit.
La théorie de Fourier a été étendue, et on est maintenant capable de décomposer n'importe quel signal (périodique ou non) en une série de composantes sinusoïdales. Cela signifie que tout son se décompose en une somme de sons purs.
Les sons périodiques et pseudo-périodiques se décomposent en un nombre fini de composantes. A l'inverse, les sons apériodiques se décomposent en un nombre infini de composantes. Cela signifie que lorsqu'on affiche la représentation spectrale d'un signal (obtenue par transformation de Fourier) deux cas se présentent :
- S'il s'agit d'un son périodique, on obtient un spectre discontinu ou spectre de raies (seules certaines fréquences sont présentes dans le signal, toutes les autres fréquences ont une intensité nulle).
- S'il s'agit d'un son apériodique, on obtient un spectre continu (toutes les fréquences sont présentes dans le signal, à différentes intensités).
Spectre fréquentiel du son émis par la guitare.
On peut voir sur les figures ci-dessus que le spectre fréquentiel contient :
- le niveau continu : valeur moyenne du signal
- la composante fondamentale, de la fréquence du signal
- les harmoniques, de fréquences multiples de celle de la fondamentale
- Partiels
Le sonagraphe, dont la découverte remonte aux années 1940 dans les Bell Laboratories, a permis d'explorer plus avant la décomposition du son en harmoniques et d'autres composantes appelées partiels.
En effet, un son complexe est en réalité composé de plusieurs sons : un certain nombre d'entre eux sont les harmoniques qui correspondent à des multiples du son fondamental mais certains autres (ceux par exemple obtenus en soufflant trop fort dans un tuyau) mais certains autres appelés partiels correspondent à des fréquences différentes quelconques.
Seul le sonagraphe, appareil de représentation graphique de la totalité des dimensions du phénomène (temps - fréquence - amplitude) a permis de suivre un spectre évolutif, dont chaque composante a une intensité relative qui évolue avec le temps.
- Inharmonicité
L'inharmonicité définit la nature d'un son musical dont les harmoniques ne sont pas des multiples entiers du son fondamental.
En effet, si le cas du piano ou même de la cloche sont caractéristiques de l'inharmonicité, la plupart des instruments présentent une inharmonicité relativement faible qui peut être négligée, mais jamais totalement nulle.
Dans un son inharmonique les harmoniques sont généralement (voire toujours), plus hautes que les multiples entiers du fondamental, et ce, d'autant plus que leur rang est élevé. Cette caractéristique affecte le timbre du son, et se vérifie par l'examen de son spectre harmonique. Ce phénomène peut donner l'illusion de plusieurs hauteurs simultanées, comme pour la cloche.